Pierre-François Veil est l’un des avocats qui ont accompagné Noam et Aviva Schalit dans leur dépôt de plainte devant la justice française pour l’enlèvement et la séquestration de leur fils Guilad Schalit. A cette occasion, Pierre-François Veil a accordé une interview exclusive à PourGuilad.fr .
Maître Pierre-François Veil, pourquoi vous êtes vous impliqué dans le dépôt d’une plainte devant la justice française, pour l’enlèvement et la séquestration de Guilad Schalit ?
Personne ne peut refuser d’apporter son aide à une famille dans cette peine et dans cette détresse.
Guilad Schalit pourrait être mon fils, et le fils de n’importe lequel d’entre nous. Personne ne peut être indifférent à la douleur des parents d’un jeune homme qui été blessé et enlevé, qui est maintenant détenu depuis près de cinq ans comme un otage et dont tous les droits les plus élémentaires sont bafoués. Les premiers de ces droits, c’est de pouvoir faire savoir s’il est vivant, s’il est en bonne santé et que ses proches puissent communiquer avec lui, recevoir des informations et lui transmettre éventuellement des médicaments et de la nourriture. Tout cela, il en est privé depuis cinq ans.
Pouvez-vous nous préciser la nature de cette action en justice et les suites que vous en espérez ?
Guilad Schalit est de nationalité française.
Comme il ne peut agir directement, ses parents, en son nom, peuvent déposer plainte pour les crimes dont il est victime : ceux d’enlèvement et de séquestration. La plainte qui a été déposée hier entre les mains du Doyen des Juges d’Instruction va aboutir à la nomination d’un ou deux juges d’instruction auxquels sera confiée une enquête judiciaire. Le juge, avec les pouvoirs d’investigation qu’il détient par la loi, va pouvoir enquêter en France et à l’étranger, pour éventuellement convoquer et essayer d’entendre des personnes dont on pourrait penser qu’elles détiennent des informations ou qu’elles sont directement ou indirectement liées aux actes criminels considérés ou à leur organisation.
Comment avez-vous trouvé Noam Schalit, le père de Guilad ?
C’est un homme passé au-delà du désespoir et du chagrin et qui, avec sa femme, se bat.
Ils ont décidé de consacrer toute leur vie à ce que leur fils rentre à la maison. Ils ont l’un et l’autre quitté leur travail, ils ont quitté leur maison, et se sont installés dans une tente implantée devant la résidence du chef du gouvernement israélien, pour manifester le fait qu’ils resteront une plaie ouverte aussi longtemps que leur fils ne leur sera pas rendu. C’est un combat de toute une vie, c’est-à-dire soixante minutes par heure, vingt-quatre heures par jour, entièrement tendues vers cet objectif.
Quelle est votre position quant au statut controversé de Guilad Schalit, prisonnier ou otage ?
Guilad Schalit n’est pas un prisonnier de guerre,
d’abord parce que son statut ne répond pas à cette définition juridique et parce qu’il n’en a pas les conditions matérielles. « Prisonnier de guerre » est un statut juridique défini par des conventions internationales et répondant à un certain nombre de critères assurant aux intéressés un certain nombre de droits très précis dont le droit à la visite de la Croix rouge internationale, le droit de recevoir des courriers et des colis et le droit de répondre à ses courriers et puis enfin surtout le droit d’être libéré dès que le conflit entre les pays concernés est éteint. Guilad Schalit n’a non seulement pas ce statut de prisonnier de guerre mais il n’en a même pas les conditions matérielles, car il est probablement détenu dans une cave, en tout cas éloigné de tous, sans nouvelle et sans visite possible d’aucune organisation internationale.
En revanche, il est très clairement un otage,
c’est-à-dire quelqu’un qui est utilisé par ses ravisseurs comme une possible contrepartie d’une négociation politique. Tel est le sens des déclarations du 28 juin 2010 de Khaled Mechaal, le chef de la branche politique du Hamas, selon lesquelles : « nous [le Hamas] avons dit aux israéliens que le prix de Guilad Schalit ne cesserait d’augmenter ».
Propos recueillis par Laurent Deburge
Photos © Erez Lichtfeld
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